Masters, J. C., F. Génin, Y. Zhang, R. Pellen, T. Huck, P. Mazza, M. Rabineau, M. Doucoure, D. Aslanian, 2021: Biogeographic mechanisms involved in the colonisation of Madagascar by African vertebrates: Rifting, rafting and runways. Journal of Biogeography, 48, (3) 492-510, doi: 10.1111/jbi.14032 . https://doi.org/10.1111/jbi.14032 Mécanismes biogéographiques impliqués dans la colonisation de Madagascar par des vertébrés africains : Rifting, rafting et ponts terrestres. Depuis 80 ans, l'opinion publique considère que la plupart des vertébrés terrestres de Madagascar sont arrivés d'Afrique par dispersion transocéanique (c'est-à-dire sur des radeaux flottants – rafting – ou à la nage). Nous avons examiné cette proposition, en nous concentrant sur trois hypothèses ad hoc proposées pour rendre ce scénario improbable plus réaliste : a) L'hibernation aurait-elle pu aider les mammifères à atteindre Madagascar ? (b) Les capacités aquatiques des hippopotames auraient-elles pu leur permettre de nager dans le canal du Mozambique ? (c) Quelle est la validité du modèle d’Ali et Huber (2010, Nature) qui prévoit que les courants de surface vers l’est lors du Paléogène ont permis aux radeaux d'atteindre Madagascar en 3-4 semaines ? Enfin, nous avons exploré l'hypothèse alternative de la géodispersion via des ponts terrestres de courte durée entre l'Afrique et Madagascar. Nous avons établi des calendriers de colonisation en utilisant des dates de divergence moléculaire estimées pour les lignées de vertébrés malgaches. Nous avons examiné la probabilité des hypothèses d’hibernation et d'hippopotame nageur, et nous avons réévalué l’hypothèse de forts courants vers l’Est à l’Éocène (Ali et Huber 2010) en suivant les trajectoires de particules dans des courants simulés à l'aide du modèle de système terre de l'IPSL. Enfin, nous avons résumé les récentes découvertes géologiques du canal du Mozambique, et les avons utilisées pour compiler des cartes paléosédimentologiques à l'aide de PLACA4D. La faune vertébrée de Madagascar a des origines complexes. L'hibernation est probablement une adaptation au climat hypervariable de Madagascar, plutôt qu'une facilitation de la dispersion des mammifères. La physiologie de l'hippopotame ne lui permet pas de traverser un canal océanique de plus de 4 m de profondeur et de plusieurs centaines de km de large. Le modèle d’Ali et Huber des courants au Paléogène a considérablement sous-estimé le temps nécessaire pour traverser le canal du Mozambique dans des conditions paléogéographiques simulées. Une analyse lagrangienne plus précise basée sur les courants de surface d’une simulation paléoclimatique du modèle IPSL-CM5A2 configurée pour la période 55 Ma donne des temps de trajet d’au minimum 60 à 70 jours entre les côtes de l’Afrique et Madagascar. De nouvelles données géologiques indiquent l'existence de trois ponts terrestres de courte durée entre l'Afrique et Madagascar à 66-60 Ma, 36–30 Ma et 12–05 Ma. Les trois ponts terrestres du Cénozoïque permettent d'émettre une hypothèse plus solide pour la dispersion du biote existant à Madagascar que le rafting ou la nage transocéanique, bien que la vicariance, le saut d'île en île, et des dérives limitées en radeaux flottants aient pu également joué un rôle.